Les reptiles sont des créatures fascinantes qui peuplent notre monde depuis des millions d’années.

Lorsque l’on parcourt les sentiers des Gorges du Verdon ou les canyons des Alpes-de-Haute-Provence, il n’est pas rare d’apercevoir une silhouette verte filer entre les pierres et les buissons. Ce petit éclair de couleur est souvent le Lézard vert occidental, l’un des reptiles les plus spectaculaires de notre région.

Avec son vert éclatant et sa gorge bleu turquoise chez les mâles adultes, il constitue l’une des espèces emblématiques des milieux méditerranéens du Verdon.

L’origine du Lézard vert : une histoire vieille de plusieurs millions d’années

Une espèce héritière des grands changements climatiques européens

Le Lézard vert occidental (Lacerta bilineata) appartient à une ancienne lignée de reptiles apparue en Europe il y a plusieurs millions d’années.

Ses ancêtres vivaient déjà sur le continent européen bien avant les dernières périodes glaciaires du Quaternaire, qui ont débuté il y a environ 2,6 millions d’années.

Lors des grandes glaciations, une grande partie de l’Europe était recouverte de glace ou soumise à un climat beaucoup trop froid pour ces reptiles thermophiles. Les populations de lézards verts se sont alors réfugiées dans plusieurs régions plus clémentes appelées refuges glaciaires, notamment :

  • la péninsule Ibérique ;
  • le sud de la France ;
  • l’Italie ;
  • les Balkans.

Lorsque les glaciers se sont retirés il y a environ 12 000 ans, les lézards ont progressivement recolonisé une grande partie de l’Europe occidentale.

Une séparation avec le Lézard vert oriental

Pendant longtemps, les scientifiques considéraient le Lézard vert occidental et le Lézard vert oriental comme une seule espèce.

Les études génétiques réalisées à partir des années 1990 ont montré qu’il s’agissait en réalité de deux espèces distinctes :

  • le Lézard vert occidental (Lacerta bilineata) ;
  • le Lézard vert oriental (Lacerta viridis).

Cette séparation remonterait à plusieurs millions d’années, probablement entre 4 et 8 millions d’années avant notre époque, lors des bouleversements géologiques et climatiques qui ont remodelé l’Europe.

Aujourd’hui, le Lézard vert occidental est présent principalement en :

  • France ;
  • Italie ;
  • Suisse ;
  • Allemagne occidentale ;
  • Luxembourg ;
  • Belgique méridionale.

Une véritable émeraude vivante

Carte d’identité

CaractéristiqueDescription
Nom scientifiqueLacerta bilineata
Taille25 à 40 cm avec la queue
Poids20 à 40 g
Longévité10 à 15 ans
Régime alimentaireInsectivore principalement
StatutEspèce protégée en France

Les mâles sont généralement plus grands et plus colorés que les femelles. Au printemps, leur gorge devient d’un bleu intense qui sert à impressionner les rivaux et séduire les femelles.

Où le trouver dans les Gorges du Verdon ?

Le Lézard vert affectionne les zones chaudes et ensoleillées, tout en ayant besoin de végétation pour se cacher.

Dans le Verdon, on le rencontre fréquemment :

  • sur les sentiers du Point Sublime ;
  • autour du Couloir Samson ;
  • dans les pinèdes de Castellane ;
  • à l’entrée de nombreux canyons ;
  • dans les garrigues dominant les gorges ;
  • sur les berges ensoleillées du Verdon.

Il apprécie particulièrement les milieux mêlant :

  • rochers ;
  • broussailles ;
  • buissons ;
  • lisières forestières ;
  • murets en pierre sèche.

Cette mosaïque d’habitats est très présente dans le Verdon, ce qui explique sa bonne représentation sur le territoire.

Vous le trouverez souvent sous son appellation provençale : Lei Lagramusas

On en trouve souvent sur la marche d’approche du canyon du Haut Jabron

Un maître du camouflage

Malgré sa couleur éclatante, le Lézard vert est étonnamment difficile à observer.

Lorsqu’il se sent menacé :

  1. il reste immobile ;
  2. il se plaque contre la végétation ;
  3. il disparaît brusquement dans un buisson.

Sa vitesse de déplacement est impressionnante. Il peut parcourir plusieurs mètres en quelques secondes avant de se réfugier sous une pierre ou dans une cavité.

La queue qui se détache

Lorsqu’un prédateur l’attrape par la queue :

  • celle-ci peut se détacher ;
  • la queue continue de bouger pendant plusieurs minutes ;
  • le prédateur est distrait ;
  • le lézard s’échappe.

Une nouvelle queue repousse ensuite, mais elle est souvent plus courte et moins parfaite que l’originale.

La nature adore les systèmes de secours improbables. Certaines espèces ont choisi les crocs, les griffes ou le venin. Lui a choisi la stratégie du “je laisse un morceau derrière moi et je pars en courant”.

Son alimentation

Le Lézard vert est un chasseur actif.

Son menu comprend :

  • sauterelles ;
  • grillons ;
  • criquets ;
  • chenilles ;
  • araignées ;
  • coléoptères ;
  • fourmis ;
  • petits escargots.

Il participe ainsi à la régulation naturelle des populations d’insectes.

Occasionnellement, il peut aussi consommer :

  • de petits fruits ;
  • des baies ;
  • des jeunes lézards d’autres espèces.

La reproduction

Le printemps marque le début de la saison des amours.

Les parades nuptiales

Entre avril et juin :

  • les mâles deviennent très territoriaux ;
  • les combats sont fréquents ;
  • ils exhibent leur gorge bleue ;
  • ils poursuivent les femelles.

Les affrontements sont surtout des démonstrations de force. Les morsures sérieuses restent relativement rares.

La ponte

Après l’accouplement :

  • la femelle pond généralement entre 5 et 20 œufs ;
  • elle les enfouit dans un sol meuble et chaud ;
  • l’incubation dure environ deux à trois mois.

Les jeunes émergent généralement à la fin de l’été.

À la naissance, ils mesurent seulement quelques centimètres mais sont déjà totalement autonomes.

Son cycle annuel

Printemps

  • Réveil après l’hivernation.
  • Reproduction.
  • Activité maximale.

Été

  • Chasse intensive.
  • Croissance.
  • Naissance des jeunes.

Automne

  • Constitution des réserves.
  • Activité réduite.

Hiver

  • Hivernation dans une fissure rocheuse ou un terrier.
  • Métabolisme fortement ralenti.

Dans le Verdon, cette période d’hivernation s’étend généralement de novembre à mars selon l’altitude et les conditions climatiques.


Prédateurs et dangers

Malgré son agilité, le Lézard vert doit faire face à de nombreux ennemis :

Oiseaux

  • buses ;
  • circaètes ;
  • corneilles ;
  • faucons.

Mammifères

  • renards ;
  • fouines ;
  • chats domestiques.

Reptiles

  • certaines couleuvres.

Les principales menaces restent toutefois liées aux activités humaines :

  • destruction des habitats ;
  • fermeture des milieux ouverts ;
  • circulation routière ;
  • pesticides ;
  • urbanisation.

Une espèce protégée

Le Lézard vert occidental est protégé sur l’ensemble du territoire français.

Il est interdit :

  • de le capturer ;
  • de le tuer ;
  • de le transporter ;
  • de détruire ses sites de reproduction.

Lors de vos randonnées dans le Verdon, l’observation reste le meilleur comportement.

Une photographie est un souvenir bien plus utile qu’un reptile stressé dans une boîte. L’espèce semble partager cet avis.


Un ambassadeur de la biodiversité du Verdon

Le Lézard vert est un excellent indicateur de la qualité des milieux naturels. Sa présence témoigne d’écosystèmes encore riches en insectes, en zones refuges et en habitats diversifiés.

Observer ce reptile lors d’une randonnée ou d’une sortie canyoning dans les Gorges du Verdon rappelle que ce territoire exceptionnel n’abrite pas seulement des falaises vertigineuses et des eaux turquoise. Il constitue également un refuge précieux pour une faune discrète mais remarquable.

Parmi les éclairs verts qui traversent les sentiers du Verdon, peu d’espèces incarnent aussi bien l’énergie, la beauté et la fragilité de la nature méditerranéenne que le Lézard vert occidental.


Sources : Un excellent site sur les différentes espèces

Auteur : Montagne & Rivière, Daniel DUFLOT

Crédits photos : Verdon PhotosVerdon pictures

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